TARABUSTE Éditions
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Yves Charnet

16/05/2023

Yves Charnet

2023, 184 p., 18 €

Coll. In-Stance

"On vous a commandé ce papier. Ce portrait de Christian T. Vous recueillez ses confidences à mi-voix. Presque une confession. Vous enrôlez chimères & monstres fantasques. Vos songes que voici." Y. C.

 

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* Domique-Edouard Blanchard (écrivain, éditeur, directeur de revue) / Il fait partie de ces écrivains que l'on attend de livre en livre. On sait qu'il y aura des portes qui s'ouvriront à votre regard, des miroirs qui vous montreront sans chichis. Ce qu'il écrit, en somme, vous renseigne davantage sur vous que sur lui. Vous êtes moins seul. C'est un écho. En même temps, au détour d'une phrase, vous lui en voulez tant vous avez l'impression qu'il écrit avec vos mots. Vos propres mots, vos mots sales. Il habite Toulouse, moi Bordeaux, mais c'est à Paris que nous nous sommes rencontrés. Une fois. Une seule fois. Avant le Covid. Il y eut une brouille, stupide comme l'amitié sait en fabriquer. L'Yves est rancuneux, il m'a fallu en faire pour revenir dans l'estime où nous tenions l'un l'autre. C'est fait.  Je viens de recevoir Le libraire de Gambetta paru aux éditions Tarabuste.  Ah oui, l'auteur, l'ami en question s'appelle Yves Charnet, mais vous l'aviez reconnu, n'est-ce pas ?

* Stéphane Chomienne (professeur de lettres au lycée Fermat) / Le libraire de Gambetta d’Yves Charnet, avec son titre digne d’un roman de Simenon, ne se passe évidemment pas dans le xxe arrondissement de Paris, mais à Toulouse. Christian Thorel est le patron de la librairie Ombres Blanches, située rue Gambetta à Toulouse. Yves connait Christian depuis 25 ans, Yves le raconte et Yves se raconte. Il raconte cette amitié-là. Pleine de pudeur et souvent impudique, délicate et intarissable, la prose de Charnet se déroule, se cherche, rebondit, digresse, se coule dans d’autres proses, se retrouve et réussit à exprimer l’indicible et l’intime d’une relation à la fois fraternelle et paternelle. On reste sous le charme de ce texte qui donne envie de connaître Christian et d’être ami avec Yves.

* Isabelle Grell-Borgamano (universitaire, spécialiste de l'auto-fiction, éditrice de Serge Doubrovsky) / Le dernier-né d'Yves Charnet se lit comme l'on lit une chasse au trésor, aux trésors. On décrypte les signes, cherche avec lui, qui nous prend par la main ce qu'on cherche tous, parfois l'auteur nous laisse et se retourne puis il revient pour nous mener, en deux temps, vers ce trésor (perdu). L'amitié. Les amitiés et ce qui va avec.

* Serge Lama / Coup de cœur littéraire « Le Libraire de Gambetta » écrit par Yves Charnet : Tu te souviens de trop de choses / Tant de ronces, si peu de roses  / Ta tête lourde de toi-même  / Encor’ faudrait-il que tu t'aimes / Et pourtant c'est si doux à lire / Ce lancinant et lent délire / Oui, ça se lit comme un poème  / Délirium tremens de toi-même  / Je t'aime mon Yves  / C'est bon que tu vives ! Serge LAMA. Chers amis, le livre dont je parle s'intitule "LE LIBRAIRE DE GAMBETTA", lisez-le et partagez-moi vos commentaires. 

* Alain Girard-Daudon (fondateur de la Librairie Vent d'Ouest à Nantes) / Quel libraire ne serait heureux qu'on lui consacre un tel texte ? Ici c'est un grand libraire, Christian Thorel, le fondateur d'Ombres blanches à Toulouse, dont le poète Yves Charnet célèbre la rencontre. Il ne s'agit pas d'une histoire, une biographie de Christian, ni d'une hagiographie. L'homme discret, voire un peu austère, d'une réserve toute protestante, n'est guère enclin à trop se livrer. Il s'agit d'un récit d'amitié, exercice d'admiration, une prose du libraire, comme il y eut naguère chez Charnet une prose du fils. Mais parlant du libraire, c'est aussi de lui que parle le poète. Le lecteur qui le connait sait que pour cet admirateur de Doubrovsky, porte voix de l'autofiction, et cet amoureux de Montaigne, l'auteur est toujours la matière de ses livres. Et ce sont encore des instants de sa vie qu'il nous conte avec cette franchise, cette sincérité désarmante, cette impudeur parfois, car ceux qui savent, savent... Yves Charnet séduit souvent et agace parfois. Soucieux d'être aimé, sans pour autant vouloir plaire à tous, il nous propose de livre en livre le journal de son mal à vivre, avec ses emportements parfois vifs, ses désespoirs profonds. Ses lecteurs fidèles n'ignorent rien de ses deuils (celui insurmontable d'une mère), des ses amours manqués, de ses brouilles avec ses amis, plus douloureuses encore avec ses propres enfants. Yves Charnet aime la poésie raffinée et précieuse d'un James Sacré, celle de haute stature d'un Michel Deguy, celle minimaliste quasi silencieuse d'un Antoine Emaz, mais il aime aussi la chanson populaire et le lyrisme à la Brel d'un Serge Lama, dont il cultive l'amitié. On ne sait si il hiérarchise poésie et chanson, mais on le sait passionné au point de parsemer ses textes d'extraits de poèmes, d'extraits de chansons (cf p. 82 Mais où sont les variétés d'antan) comme dans ces poèmes cut up mosaïques d'autres textes. Certes nous n'allons pas jusqu'au bout de ses goûts, mais il n'en a que faire et se soucie peu que Depardieu ne soit plus culturellement correct, ni Sardou qui d'ailleurs ne l'a jamais été, ni que sa passion pour la corrida ne soit, c'est le moins qu'on puisse dire, largement partagée. Mais c'est aussi ce que l'on peut aimer chez Charnet, cette manière de se dire sans détour, d'avancer sans masque, ce courage d'être lui, grand et petit comme nous tous, car parlant du libraire, nous l'avons dit, c'est de lui qu'il parle. Et parlant de lui, c'est aussi de nous, frères humains. Et c'est avec une langue nerveuse, rapide, inventive, une langue au rythme des émotions, qui en fait un grand styliste. Revenons au propos de ce livre. Le libraire de Gambetta célèbre l'amitié rare et fragile qui peut exister entre les hommes, un chant qu'eût aimé La Boétie. Ce cadeau offert au libraire en est aussi un offert à toutes les librairies, « la meilleure définition de l'universel » est-il dit sur la couverture de ce livre de belle facture édité chez Tarabuste. 

* Stéphane Hirschi (universitaire, spécialiste de la cantologie) / Dernière affiche en date des productions de l'amYves Charnet, Le Libraire de Gambetta. Un titre de lignée. Filiation Bertrand Tavernier. Son premier film, L'Horloger de Saint-Paul. Un personnage et une ville. Lyon, et Noiret en père dans tous ses états. Un film aux saveurs seventies. Tavernier le Lyonnais, comme plus tard dans Une Semaine de vacances, et qui, encore plus tard, filmera aussi, si subtilement, mon nord – ces plans lyriques de la campagne avesnoise, entre hiver et printemps, autour du Quesnoy, ou cette école maternelle à Anzin qui porte désormais son nom, Bertrand Tavernier, après Ça commence aujourd'hui. De formidables films de transmission, ouverts au doute, et à l'espoir. Années 1970 donc. Celles où se fixaient les re-pères adolescents du Sans père Charnet. Entre grands frères et charmes cabossés : Gabin, Reggiani, Delon, Noiret, Piccoli. Montand bien sûr, puisqu'Yves. La petite musique de Tavernier en écho à celle de Sautet, et la cristallisation pour l'adolescent Charnet, sur des musiques où Philippe Sarde se confond avec Ennio Morricone, et Le Clan des Siciliens se décline en Vincent, François, Paul, et tant d'autres. Y compris ces autres voix de grands frères, les réprouvés par la mère, les anars de la félure rebelle et virilement provocatrice, Sardou, Lama, puis bientôt Nougaro. Une fantasmatique personnelle qu'Yves Charnet retricote au fil de ses livres. Alors Le Libraire de Gambetta, sous l'enseigne Tavernier, mais où Lyon fait place à Toulouse. Le climat beaujolais s'éclaire à la tour girondine de Montaigne, et l'univers horloger, ou enseignant, du cinéaste, se transmute en repaire féérique tapissé de bouquins. Une éternelle quête de livresse, celle qui répare lorsque se délitent les repères. Lorsque le sens menace de se faire la paire, et qu'heureusement, se profile le fanal de quelques pairs. Car c'est bien le fil constant des poèmes en prose d'Yves Charnet, la quête du pair. Pouvoir se reconnaître dans un autre, comme La Boëtie, parce que c'était lui, parce que c'était moi. C'est Nougaro dans Quatre boules de jazz, c'est le désir de reconnaissance dans des regards de femme, au fil des publications, de Madame Charnet, la mère dont ce livre-ci tente de trouer le deuil récent, à Marie-Pierre, sa femme jusqu'à leur divorce, puis toutes les maîtresses-passion dont il chérit jusqu'au choix des pseudonymes, dans une œuvre néanmoins auto-fictYves. Ici ce sera surtout Rachida. Un retour de plume, vers 2013. Mais évidemment, le pair choisi pour ce livre, c'est Christian Thorel, l'ami fidèle depuis l'arrivée d'Yves en la cité gasconne, à la fin du précédent millénaire. Le Libraire de Toulouse. Fondateur et âme d'une librairie passée en quelques années de 80 mètres carrés à plus de 1600, et désormais 45 employés ! Ombres blanches. C'est l'autre pivot du texte. Son trou noir et oxymorique. Le lieu rassurant, le repaire heureux du presque re-père, le calviniste taiseux aux lunettes rondes, auprès duquel l'exubérant auteur, Sancho auprès du Quichotte, peut consoler de silence son ultime vertige titubant, après la messe funèbre de Claude Nougaro. Mais Ombres blanches, et son escalier qui colimace, comme celui d'une autre librairie culte pour Yves, La Terrasse de Gutemberg, Paris 12e... laisse aussi entendre le lieu du vertige. Désir de lire, de partager – et zone d'ombre, blanche. Comme l'année blanche traversée par l'auteur à cheval sur 2007 et 2008, désêtre, dépression, dépréciation de soi et dislocation psychique, mais dont il garde aussi le souvenir ému des promenades hebdomadaires à travers Toulouse que l'ami Christian parvenait à tirer de lui, grappin d'humanité qui reçoit ici son tribut d'hommage. Une marche embrayée, patiemment, pour réamorcer quelque chose qui tienne. Comme l'écriture. Ce tissage des pièces du puzzle au noir, l'ombre transmutée en encre, et le blanc ouateux de la mélancolie où neige et n'ai-je-donc-aucun-sens, se transfigurent en page. Sur fond d'airs à réenchanter. Ce qu'Yves appelle gentiment : « variations cantologiques ». Pour une mère en colis déposée dans une émission à paillettes. Et costumes blancs. Jeu de paires et d'appariements, sublimation, du deuil, Le Libraire de Gambetta tisse ce noir et blanc des mélancolies archaïques sur un fond de duos à retrouver, ou à inventer. Jusqu'à ce point sublime où tout se boucle : lorsqu'Yves Charnet, à table avec son ami libraire et la saturnienne Sarah Chiche, leur désigne un arc-en-ciel. Genèse d'un possible monde en couleurs. EpYvanie de l'ombre blanche. Le repère est apparié. Habemus papam.

 

Revue de presse (en ligne) :

* Causeur / Derrière les ombres blanches par Thomas Morales (16 mai 2023)

* Sitaudis / Yves Charnet : Le libraire de Gambetta par Pascal Boulanger (23 mai 2023)

* Libr-Critique / Yves Charnet, Le Libraire de Gambetta par Sébastien Ecorce (27 mai 2023)

* Boudu magazine toulousain actuel / Yves Charnet, l'ami bâtard par Louise Fretet (7 juin 2023)

* Autofiction.org / Le livre comme siège d'une puissance par Jean-Michel Devesa (7 juin 2023)

* RadioPrésence / Entretien avec Yves Charnet (16 juin 2023)

* RCF Radio / Les midis du RCF Vaucluse : Philippe Chauché reçoit Yves Charnet (16 juin 2023)

* La Dépêche du Midi / Yves Charnet : 25 ans d'amitié avec "Le Libraire de Gambetta" Christian Thorel par Yves Gabay (27 juin 2023)

* blog de Jean-Claude Lebrun / Territoires romanesques 2023 Yves Charnet par Jean-Claude Lebrun (10 août 2023)

* Culture 31 / Un livre pour le week-end : Le libraire de Gambetta d'Yves Charnet par Christian Authier (18 août 2023)

* lespoetes.site / Entretien avec Yves Charnet (3 octobre 2023)

* autobiographie.sitapa.org / Yves Charnet : Le libraire de Gambetta par Elizabeth Legros-Chapuis (1er novembre 2023)

 

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