Les compagnons de Tarabuste

Ils sont les compagnons de Tarabuste, les Aminches du bruit et de la fureur, les Frangins du chahut et du chaos, les Gadjos de la castagne, les Lascars de la marave, les hamsters de la baston. Ils traboulent, les compagnons de Tarabuste. Ils se faufilent dans les labyrinthes. nomades. Ils errent. Traversent l’univers en des détours permanents. Rarement immobiles. Ne s’arrêtent un instant que pour s’offrir le plaisir de repartir brusquement, de commencer à nouveau un vagabondage que son interruption momentanée transfigure. Ils passent les démarcations. Ils traitent les obstacles, les limites, avec désinvolture. Avec impatience. Se révèlent passe-muraille, sans toujours s’en rendre compte.

Sur leurs petits chevaux tatars, les compagnons de Tarabuste parcourent en tous sens la toundra. Et leurs courses hasardeuses dessinent sur la Terre une écriture invisible, la forme des constellations. Leurs rites sont hommages aux vents et aux tempêtes. Ils sacrifient les singes au simoun, les cygnes au sirocco, les ânes à la tramontane. En l’honneur du mistral, ils fracassent des miroirs. Ils sifflent pour appeler et apprivoiser les cyclones. Ils offrent aux ouragans des ourses noires. Ils dressent des autels dans les déserts et dans les clairières des forêts obscures.

Les compagnons de Tarabuste sont barons du Tirliberly, ducs du Tohu-Bohu, comtes du Travestissement, princes de la Traverse. Tantôt ils désirent le silence ; plus souvent, ils jouissent du Tintamarre. Ils entrent en transe entre deux tranchées. Truculents, ils tentent de truander le destin, en trichant aux tarots. Ils tracent des trapèzes sur le sable que bleuit le crépuscule. Trapus, ils traquent les troupeaux de taureaux sauvages et les autruches dorées. Selon Rabelais, les compagnons de Tarabuste sont fagoteurs de tabus, incitateurs de querelles et de grabuges. Ils aiment bouger.

Les ravissantes et les malabars de Tarabuste, les gazelles et les zigues brûlent le pavé, dévorent l’espace, se carapatent, jouent des flûtes, trissent, trôlent, affûtent les pincettes ; ils courent ; ils fendent leur compas ; ils mettent les voiles ; ils décanillent ; ils droppent ; ils se tirent. Sœurs et frères des songes, ils composent les rimes et les rythmes, les consonances et les cadences, les échos et les scansions. Ils ponctuent. Ils mesurent. Ils équilibrent. Ils marquent. Ils tracent les traits et les signes, les stries et les chiffres, les lignes et les griffes. Compagnons de Tarabuste, ils sont les acrobates du verbe, les funambules, les saltimbanques agiles ; ils jonglent ; ils relancent alternativement les trajectoires des mots et des images. Ils marchent et dansent sur une corde raide ; ils giguent et sautent sur un fil.

Dans le dictionnaire de Littré, « tarabuster » signifie « importuner, contrarier par des interruptions fréquentes, du bruit, des discours à contretemps ». Ainsi, les éditions Tarabuste réalisent les contretemps qui ne sont pas des contretemps fâcheux. Ces contretemps sont différents, mêlés, enchevêtrés. Nous arrivons à contretemps, comme un chien dans un jeu de quilles ; mais le chien joyeux s’amuse parmi les quilles hétérogènes et plaisantes... Les tons aigus ou graves, les silences, les stridulations, les bruits s’entrelacent. Grâce à Tarabuste, les poésies et les fictions disparates constituent des polyphonies, des combinaisons de voix diverses simultanément... un contrepoint (en musique) superpose des dessins mélodiques... La création vit ici à contre-jour ou à contre-nuit.

Nul regret ne les taraude, eux, les compagnons de Tarabuste. Nul remords ne les traverse, ne les dévore. Ne se tracassent pas. Jamais. Jamais ou presque. Ne sont pas facilement troublés, bouleversés. Perturbateurs plus que perturbés, les compagnons. Haïssent la tristesse. Ne se sentent pas oppressés, pas ligotés, les compagnons de Tarabuste. N’ont pas de glace dans le coeur, mais une flamme, tantôt timide, tantôt intense. Sont du côté de l’allégresse, les compagnons. Leur pouls est rapide.

Taratata ! Dans un dictionnaire, c'est une onomatopée qui exprime l’incrédulité, la défiance, le mépris : « Taratata, vous parlez toujours. Ce serait trop commode. À d’autres ! » ou bien, vous écoutez le premier acte de Carmen (1875) de Georges Bizet. Les gamins accompagnent la marche des soldats de la garde montante : « Avec la garde montante / nous arrivons, nous voilà... / Sonne, trompette éclatante, / Ta ra ta ta, ta ra ta ta... ». Ainsi, avec la garde montante, les poètes et les artistes de Tarabuste chantent : « Ta ra ta ta... » et la trompette est éclante...

 

GILBERT LASCAULT

Les poètes libres... ça Tarabuste

Ils sont trois et ils construisent depuis trois décennies un faire société inédit avec au moins 90 auteurs et une bonne trentaine d’artistes mais parfois les catégories ne fonctionnent pas ! Plus vraisemblablement, c’est avec trois centaines d’auteurs si l’on compte ceux qu’ils publient en revues depuis 30 ans et puis je ne sais combien de libraires, de bibliothécaires et enfin de

lecteurs : bref, ils engagent peut-être pas loin de trente mille personnes à faire société au sens que John Dewey donnait de la démocratie : « Une démocratie est plus qu’une forme de gouvernement ; elle est d’abord un mode de vie associé, d’expériences communes communiquées. »

Qui peut se réclamer d’un tel projet aujourd’hui ? Les communicants de l’audio-visuel, les politiques, les as de l’entertainment ? Oui ! quantitativement, ils dépassent largement les Tarabuste mais c’est toujours chez eux en termes d’audience, de publics à capter, de captifs donc… et non de personnes libres parce qu’elles font société. On me dira qu’il y a bien d’autres éditeurs sur le marché, comme on dit : oui ! et je ne nie pas que d’aucuns participent de ces aventures d’un faire société mais celle que les Tarabuste engagent avec quiconque veut y participer n’a rien d’un collectif ou d’un empilement de collectifs (les intimes, les aficionados, les amis, les encartés, les fidèles, les irréguliers, les épisodiques, les lointains…). C’est bien plus que cela puisque c’est ce qu’on peut appeler un continu d’expériences voire un passage d’expériences dont l’immense qualité tient à deux valeurs décisives que je tire du nom Tarabuste : la pluralité, et donc un certain désordre avec tout ce que cela implique de « rencontres pas prévues », « carrefour d’activités » comme disait James Sacré pour les 20 ans, et la poésie comme dérangement voire querelle, inaccoutumance au monde tel qu’il va…

[…]

La liberté du poème, du poète, du lecteur, de l’éditeur, c’est autant d’espaces empiriques à inventer pour augmenter nos marges d’incertitude, pour réduire la part des assis et des pouvoirs en chacun de nous, de nos paroles et relations. C’est très exactement, me semble-t-il, ce que fait également le travail éditorial des Tarabuste : accueillir et poursuivre autant d’espaces empiriques de liberté que de rencontres entre auteur-éditeur-lecteur. Cela ne tient pas à de grands principes ou à des propos généraux que le quotidien éditorial réduirait à une peau de chagrin voire contredirait, cela tient à une ténacité éthique et poétique que l’on peut mesurer à quelques orientations fortes : assurer une autonomie forte de toute l’activité éditoriale à partir d’un engagement poétique et éthique tout aussi fort et libre de toute dépendance autre qu’amicale ; logiquement donc, construire des amitiés plurielles qui peuvent résister aux aléas de la vie et du monde, et qui ne cessent de lier poèmes et rencontres ; pluraliser les espaces empiriques de liberté dans et par des modes de regroupement (faire société par et avec les poèmes – on a compris que ceux-ci ne sont réductibles ni à un genre ni à une forme littéraires) avec des collections, des expositions, des rencontres, des anthologies et des numéros de revues qui adoptent des modes de porosité et de solidarité toujours à rejouer tout en consolidant des fidélités, des chemins partagés le plus longtemps possible.

[…]

D’aucuns ont parlé d’éclectisme chez Tarabuste : je ne pense pas qu’il s’agisse d’éclectisme mais plutôt d’une écoute attentive à toutes les voix où peut s’entendre même de manière ténue le poème. Parce que ce qui justement fait le poème c’est cette capacité d’écoute et de résonance d’une voix l’autre, d’une voix dans la voix et pour qu’une telle écoute et qu’une telle résonance – pas forcément chorale, et surtout pas homogénéisante – opèrent ensemble. Une telle opération tient évidemment d’abord à la force énonciative du poème mais aussi à la force continuée que l’éditeur puis le lecteur lui font pour que la réénonciation continuée poursuivent ici et maintenant l’inconnu d’un dire que la ténacité d’un éditeur a su faire entendre dans les résonances d’une collection, d’une revue, d’une rencontre. Je laisse à chacun l’évocation de ce que lui a fait l’opération Tarabuste et je suis persuadé que chacun sait combien elle s’accompagne d’une relation à la fois amicale et exigeante, engageante jusqu’à reprendre son écriture, sa lecture, sa vie pour participer à cette société du poème libre, à ces espaces empiriques de liberté que la relation éditoriale permet avec et par le poème.

 

SERGE MARTIN

Le destin de Tarabuste

Il y a une beauté de l’édition quand elle se donne pour fin de hausser à sa justesse la forme du livre. Chaque foyer où se resonge l’idée de publication et la fabrique qui s’ensuit offre à cet égard sa particularité. Tarabuste, il faut l’admettre, ne ressemble à aucun autre projet. L’invention livresque y est certes particulièrement aiguisée. Mais ce qui est le plus étonnant reste la liberté qui souffle alors. Liberté que l’on n’a pas l’habitude de rencontrer à un tel point de plénitude. Liberté, tolérance. Ce sont là les deux faces de l’esprit du lieu. L’accueil et la générosité n’en sont que les conséquences. Un phénomène particulièrement précieux s’impose alors, on l’espère toujours sans jamais être certain de le croiser. Il anime l’enseigne et s’incarne dans des personnes. Cette liberté qui est le moteur de l’action se lit sur la clarté des visages. La sympathie qui prévaut, la largesse de vue, la noblesse de l’attention, autant de qualités qui sont depuis toujours le propre de Djamel, il est remarquable que Claudine d’abord et Tatiana ensuite s’approprient ces partis comme des évidences intérieures. Trois êtres se sont trouvés, leur complémentarité passe par le partage d’un fondement qui donne à Tarabuste sa manière et son éclat. Pour celui qui leur fait face il semble que tout soit possible. Il n’y a pas de limite à l’invention et au murmure incessant de cette liberté. Dans cette maison (comme on dit fréquemment pour l’édition sauf qu’ici ce n’est pas une simple image), l’auteur est chez lui, on lui fait signe et sa spécificité devient la lampe de tous qui éclaire les murs. […] Tarabuste est ce tourment de faire qui ne laisse pas en paix, qui aboutit toutefois à ce calme de l’adéquation entre un texte et sa forme livresque. Une maison, un lieu de fabrique (l’artisanat jamais oublié), un laboratoire (de formes, de typographie, de présence de l’image), un souffle et un sourire. Comment oublier une seconde que l’on est chez soi, au gré d’un passage définitif. Dans l’avancée de Tarabuste, il y a un engagement total, une radicale absence de compromissions, un caractère militant à la morale exigeante, sans que pour autant rien de tel ne soit plus que cela précisé. On est déconcerté devant la logique des bras ouverts et du rire franc qui ne suspendent pas un instant le cours d’une rigueur.

[…]

Saint-Benoît du Sault est le point d’ancrage, moi-même, j’en suis proche depuis l’enfance, son site médiéval avec les fortifications, le beffroi et le prieuré m’a toujours fait rêver. C’est là que les publications se pensent et s’élaborent. C’est à partir de là (campement primordial et enracinement plausible) que Tarabuste rayonne, au gré des voyages en voiture de Djamel et Claudine visitant les librairies et les bibliothèques (l’autodiffusion est une règle à laquelle il n’est pas question de se soustraire), participant à des salons, organisant des événements. J’aime ce parcours à la fois zigzaguant et assuré, soucieux de ne pas laisser sur le bord un inattendu profitable, tout en ne déviant jamais des principes qui le poussent à aller son chemin jusqu’au terme mystérieux que l’on n’aperçoit pas. Une énergie qui franchit les obstacles, un cœur énorme, le savoir des choses simples et des exemples les plus raffinés. Vers le livre, pour le livre, par le livre.

Le choix avisé des textes et la hantise de l’objet adéquat, le plaisir pris à produire (les mains ne le cédant jamais à la tête), la défense en tous lieux de ce qui est né avec bonheur sont des caractéristiques de la maison. Cela donne des volumes intenses et stricts, à la belle facture. Ils se distribuent en collections qui recoupent divers genres et angles d’attaque : la poésie (l’heureuse et nombreuse collection Doute b.a.t), le récit (In-stance), l’essai (Nouveaux points de vue), la traduction (Terre vaste), la réflexion sur l’art (Chemins fertiles), le récit de voyage (La route de cinq pieds), la relation d’amitié (Brèves rencontres), à quoi s’ajoute, outre la revue éponyme (Triages), deux intentions bien tentantes, à savoir la réédition de recueils de poèmes épuisés et complétés par un contexte inédit (Reprises) et un salut au monde de l’enfance (Au revoir les enfants), sans omettre un hommage persistant à un auteur proche (Cahiers Louis Calaferte). […] Tout cela constitue ce que l’on appelle un catalogue dont l’énoncé des titres s’apparente à une audacieuse tombée de pétales.

[…]

Tarabuste est une ligne, Tarabuste est un charme, Tarabuste est un destin. Tout est affaire de passion (l’expression sous toutes ses formes), tout se charge de l’obligation de convivialité (la maison ouverte aux portes battantes). Tarabuste est ce rappel que l’intranquillité est la meilleure des assises. Le travail qui se fait est à la gloire de la typographie, du papier, de la mise en pages, de la réplique par l’image. La gentillesse et l’affection sont des veilleurs infatigables. Je dis Tarabuste et je vois les visages groupés de Djamel, Claudine et Tatiana. C’est personnel comme toute aventure. Vraiment, quel serait un accueil plus prévenant ? on rit de concert et l’auteur se rend aux arguments si obligeants de l’éditeur. Une bannière tantôt claque, tantôt pouffe, c’est Tarabuste qui s’agite sur le toit épelant ses raisons profondes : entrave, tourment, tracasserie, mais cela pour mieux rire et renforcer l’avancée compliquée et claire du passant. Le dépôt d’un manuscrit n’est jamais ici qu’un geste fugace en vue de répondre à un signe de la main. Les manuscrits qui tombent en livres sont les pierres du chemin.

 

YVES PEYRE

Un salut à Tarabuste

Effectivement si je sais qu’il y a un projet éditorial fort, je ne saurai pas en décrire la ligne directrice : comme vous tous ici, j’ai appris depuis quelques trente ans que Tarabuste c’est une maison d’édition, et l’hospitalité de cette maison est ouverte à toutes les propositions novatrices pourvu qu’elles témoignent d’abord d’un véritable amour de la littérature, d’un certain degré d’ouverture, d’une générosité non feinte : pas d’esthétique fermée donc mais une éthique et un état d’esprit. Comment ne pas souligner d’emblée la diversité des auteurs maisons [...] ; nous le savons tous d’expérience, c’est très rare qu’il y ait de tels voisinages entre des auteurs supposés appartenir à des espaces poétiques différents ; je voudrais souligner en même temps la cohérence dans la diversité, avec pour seul ciment les liens de l’Amitié. C’est cela qui crée un univers, un lieu unique d’accueil et de partage !

Il faudrait s’arrêter ici sur les trois personnalités qui font vivre la maison, et lui offrent un supplément d’âme. Mais comment en quelques minutes, parler de la discrétion attentive, un peu secrète de Tatiana, elle-même auteur on ne le rappelle pas assez, comment mieux évoquer la générosité méticuleuse et la parole mesurée de Claudine et la présence charismatique d’un Djamel polymorphe, éditeur, peintre, photographe, poète, lecteur, universitaire, qui vous accueille toujours les bras ouverts et la main sur l’épaule et laisse d’abord parler le cœur : n’est-ce d’ailleurs là la plus parfaite définition d’une geste poétique ? Comment vous remercier alors pour votre présence discrète, attentive, pour cette hospitalité a priori lointaine mais inconditionnelle, cette hospitalité du cœur et de la raison à laquelle vous veillez avec un soin jaloux. La façon dont Djamel lit, comprend nos manuscrits, anticipant de façon magistrale le livre à venir, montre combien il sent instinctivement, presque charnellement le texte, cette façon bien à lui d’en habiter les lignes. Si je dois rassembler en une formule rapide ce qui fait l’essence même de votre activité éditoriale, je risquerai ceci : éditer au feeling des textes contemporains ; peut-être est-ce d’ailleurs la clé de cette maison : permettez-moi ici de reprendre quelques mots d’un trop long texte paru dans Triages et qui essaie de clarifier cette histoire de contemporain : « contemporain : se retrouver sur une même longueur d’onde, vibrer à l’unisson… contemporain, pour nous, le fait de ne plus réduire le corps au cœur, l’affect au sentiment, le trouble à l’émotion, de modifier la perception que nous avons de la "corde sensible"… et de ses résonances… »

Quelques 700 livres en 32 ans, et un catalogue avec ses emblèmes reconnus au long cours : James Sacré, Louis Calaferte, Antoine Emaz, une même marginalité un peu sauvage et douce, une même rigueur dans l’approche du travail poétique, une même attente qui débouche sur des fulgurances, quand bien même l’énergie de chacun prend des formes ô combien différentes.

[...]

Certes Tarabuste n’est pas tout à fait unique en son genre, même si… et je voudrais au passage saluer le travail de ceux qu’on appelle les petits éditeurs, en vérité des éditeurs indépendants, des éditeurs libres, libres de leurs choix, de leurs rythmes, de leur façon de faire, libres d’éditer en somme, là où les autres, les « grands » se contentent bien souvent de publier des livres. Alors oui Tarabuste… Tarabuste, oui Tarabuste fait du bruit mais il sait aussi faire résoner les silences, le silence ; on y verra d’abord une façon poétique d’éditer… et dirais-je au risque d’une surenchère qui ne me semble pas gratuite, de publier… des livres, après les avoir fabriqués. Eh oui, fabriquer ce n’est pas produire. Voyez combien le travail de la maison Tarabuste est à la fois artisanal et parfaitement professionnel : tout part de la superbe couverture et de l’intervention discrète de Djamel ou d’un autre peintre : une signature en forme de dessein…

Pour finir, permettez-moi de m’adresser plus directement encore à vous trois pour souligner votre fidélité sans faille à « vos » auteurs, et tout autant à une certaine idée de la culture dans notre société. […] Rendons grâce alors aux quelques résistants comme Djamel, Claudine et Tatiana qui maintiennent en vie coûte que coûte des micro-espaces de liberté, de partage, de désir aussi bien qui permettent à la poésie, à la littérature d’encore imprimer leur lettre et de dessiner le contre-champ de notre univers culturel. Dire qu’une maison comme Tarabuste cultive, presqu’en contrebande une éthique du partage et de l’amitié c’est, en 2019, en faire un espace quasiment hors la loi, en tous cas hors de l’espace économique hyper-uberlibéral qui ne connaît d’autre loi que celle de la rentabilité maximale et du profit immédiat ! Plus simplement garder un peu d’espérance et de foi en l’avenir.

 

DIDIER CAHEN